A Star Is Born (2018, Bradley Cooper)


Après un mois de diffusion en salle, Les Biches ont enfin trouvé le temps d’aller voir le film dont tout le monde a parlé cette année : A Star Is Born. Bradley Cooper. Lady GaGa. Quelle affiche ! Certains crient même à l’Oscar pour la Lady. He bien il est temps de vous donner notre avis à nous Les Biches.



L’avis général d’Alexia :


Le film s’ouvre sur un son rock’n’roll super cool joué par Jackson Maine aka Bradley baby et ses musiciens. Le décor est monté : musique et alcool. Puis, on découvre Ally interprétée par Lady GaGa, sorte de miroir avec son « elle » d’avant succès (nez trop grand, pas assez ceci pas assez cela). Très vite ils vont se rencontrer.

Le film est une très belle histoire sur l’ascension vers la célébrité, les concessions engendrées par un tel désire de gloire et l’oubli de soi-même pour se formater aux désirs d’un manager qui ne pense qu’aux profits qu’il va engendrer. Le tout, entremêlé d’une histoire d’amour sincère mais entachée par l’envie et la jalousie, le succès et les problèmes d’alcool.

Je pense qu’il s’agit là d’un film qui retrace hélas avec beaucoup de véracité le revers du succès, les backstages sombres, les addictions et le formatage « pop star ». Jackson Maine, musicien écorché représente les plus grands artistes, incroyablement doué, adulé à outrance, mais malheureux. Ses addictions ne feront que le détruire un peu plus, raflant tout sur passage et le succès d’Ally ne fera qu’enfoncer le clou sur sa croix. Ally, elle, connaîtra le succès grâce à Jackson certes, mais aussi le revers de la célébrité, le formatage et le fait de n’être qu’une figurante de cette descente aux enfers.



La critique de Cindy :


Ici nous ne comparerons pas la version de Cooper avec les deux « remakes » précédents ou à « l’original » film de Wellman (1937). Il y a évidemment eu celui de Cukor avec Judy Garland (Cooper y fait un clin d’œil avec le nom de Jackson Maine. Dans le film de 1956 le personnage de l’acteur (et pas du chanteur) alcoolique et en déclin s’appelle Norman Maine.), il y a encore celui de Frank Pierson sortie en 1976 avec l’iconique Barbara Streisand. En somme le scénario n’a rien d’original mais nous traiterons le film comme un objet singulier.


Il ya quelque chose de flottant et imprécis dans la temporalité, qui à la fois sert et dessert le film car parfois on ne sait plus exactement combien de temps s’écoule entre les différents événements, alors on se retrouve à se questionner. Pourtant ce flottement volontaire nourrit ce côté « I dont konw were I’m going » de Ally au début et de Jackson vers la fin. C’est un film presque saturé qui traite de beaucoup (trop ?) de sujets, certains beaucoup plus superficiellement que d’autres et dont le tout forme une mosaïque brouillonne et incertaine de morceaux éclatés qui tiennent ensemble malgré tout. On pense entre autres au traitement sur le star-system évidemment, l’alcoolisme, les dépendances en filigrane, et surtout sur la dépression et toute sa noirceur ainsi que la gravité de cette maladie. On peut être amoureu.x.se et dépressi.f.ve, on peut sourire et être dépressi.f.ve et non il ne suffit pas d’être au milieu de pleins de gens pour se sentir mieux. Parfois ça ne suffit pas, on ne s’en sort pas. C’est un traitement faussement naïf d’une belle histoire d’amour mais qui expose des virtualités peu usuelles de « l’âme sœur », on peut être amoureu.x.se et jalou.x., envieux, heureu.x.se mais malheureu.x.se à la fois. Il n’y a pas un traitement binaire et simpliste de cette histoire, même si au début j’ai eu un peu peur, des subtilités empêchent le film de tomber dans le téléfilm « Coup de foudre avec une rock star » que pourrai nous servir M6 en période de noël. (Mais le repêchage est just …)



Pour la distribution, le choix de Gaga m’a rappelé le film Birdman (de Inàrritu) avec le choix de Michael Keaton dans le rôle de Riggan Thomson, acteur déchu et à la ramasse avec un rôle (celui de Birdman) qui lui colle à la peau et dont il n’a jamais vraiment réussi à se défaire. On ne peut s’empêcher de mettre le personnage de Riggan en parallèle avec Keaton et son propre super héros qui l’emprisonne : Batman. Eh bien pour A Star Is Born, on ne peut s’empêcher de voir le personnage de Ally au prisme de ce que nous savons sur son interprète. Il y a un parallèle clair avec le passé de la popstar. On y voit Stephani Germanotta devenir Lady Gaga.


Il y a quelques bonnes idées de traitement, notamment une structure cyclique plutôt bien amené. Avec une fin et un début similaire (l’indice est dans le panneau publicitaire, on n’en dit pas plus pour ne pas vous spoiler) dont le changement se situe surtout ce que nous savons des personnages et de leurs émotions internes. De nombreux indices sont dissimulés au son et à l’image. Subtiles ? Non. Mais ça fonctionne ! On peut ainsi deviner les acouphènes de Jackson avant qu’il ne nous en parle et entre autres la destination finale du personnage dès les premiers plans du film si l’on y est attentif. En somme on nous expose sa déchéance physique comme si c’était la somation, l’expression de son mal interne et de sa perte de contrôle, d’envie, de vie.



Evidemment il y a de « jolis plans » avec des lumières qui y sont pour beaucoup, nous avons en tête le premier regard que pose Ally sur Jackson, dont la profondeur est captée par le spectateur directement avec le regard caméra (que l’on retrouve à la fin et qui nous prend a parti comme si Ally nous accusait du regard « Vous voyez ce que c’est ? Faites attention à ce que vous souhaitez »). Il y a aussi des plans un peu inutiles parfois qui arrivaient à me faire sortir de la diégèse comme des hiatus visuels dans une chaine rondement menée. On sentait presque le processus « oui là on met un gros plan sur lui comme ça on débute la séquence et puis un plan comme ça pour la terminer » ça m’a rappelé les projets de cinéma à l’université quand on pense encore qu’il faut tout illustrer, que tout doit avoir un début et une fin reconnaissable. Lorsqu’on voit les grosses ficelles ce n’est jamais très bon signe. L’utilisation de la lumière peut paraitre un peu superficielle mais avec un effet « esthétique » plutôt hypnotique il faut bien l’avouer, surtout la lumière de l’ambulance en fin de film (que je trouve quand même trop vite expédiée).



La caméra est utilisée un peu comme une caméra de tournée ou de captation le plus souvent, elle est très mouvante et imprécise, surtout pendant les scènes de concert. C’est plutôt malin d’opter pour une « vraie » esthétique de tournée et pas quelque chose de over esthétisé et carrée, qui aurait donné un côté beaucoup trop fabriqué à ces séquences.



A Star is Born est donc un film dans lequel on trouve une Lady gaga surprenante et un Bradley Cooper convaincant. On sent que le personnage d’Ally est filmé avec amour tout le début du film et que les yeux sont souvent le point de fuite de chaque situation et aussi leurs clés.

Voir A Star Is Born au cinéma et surtout l’y entendre est une expérience particulière, la voix puissante et chaude de Lady gaga et la voix très douce et fragile de Bradley Cooper. Font que l’on ressent l’émotion puisqu’on l’éprouve physiquement. Après pour ce qui est de regarder le film, une plateforme VOD peut très très bien faire le taff !

Dans l’ensemble un film sympa mais pour moi loiiiiiiiiiiiin mais alors loin de l’oscar réclamé par les fans de Gaga, mais qui tout de même passe pas mal pour un dimanche plaid + chocolat chaud.


Les biches

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